Umvd Labels / 2003
♫♫♫♫♫
Un air sec souffle sur le lac. Lorsque le premier tank s'engage sur le sable qui borde l'eau, les pécheurs ne relèvent pas la tête. Son approche à pas de chenille et le bruissement des vaguelettes sont alors troublées par quatre hélices qui vrombissent au dessus du paysage.
Les yeux, d'abord pris de surprise, s'écarquillent de peur lorsqu'une première famille vole en éclat sous la charge d'un obus. L'explosion coupe même le souffle au vent.
Les gravas encore bouillants se mettent à trembler. Une main d'enfant écarte d'un mouvement sec du poignet plusieurs kilos de terre, branches et racines. Il s'extrait des décombres, soulève l'obus échoué à quelques mètres, ferme un œil quelques secondes, et décoche l'hélicoptère en plein vol.
L'armé sortie du bosquet environnant braque tous ses canons vers cette petite tête. Le soleil doux de cette fin de journée est alors submergé par une pluie de violence. La seule pluie que sait créer l'homme. Une pluie de mort.
L'impact à creusé un sillon dans le paysage et l'eau du lac commence à s'y déverser. Le temps ne bouge plus. Tous les yeux rouges sont braqués vers cette eau qui empli petit à petit le cratère. Un corps flottant. Au moins un bras ou quelque chose. Pourvu que l'on soit débarrassé de l'autre.
L'autre qui n'a de sens que mort. Qu'annihilé. Que la raison du plus fort parle de toute sa voix. Qu'elle taise le reste.
Une lumière se met à briller à la lisière de l'étang, se concentre en son milieu, et monte au ciel en emportant toute la violence humaine, dans un cri d'enfant, un cri de la nature, un cri strident. Un air sec souffle sur le lac. Les pécheurs sont venus en famille enseigner l'art de la joie aux petiots. Une couverture est tirée et la table est servie.aller plus loin
:: la chronique de gutsofdarkness
samedi 9 août 2008
The Mars Volta :: De-loused in the Comatorium
samedi 31 mai 2008
Jeff Buckley :: Grace
Columbia Records / 1994
♫♫♫♫
On l'imagine accoudé à un vieux bar en zinc. La mine grise. Le regard bas. Il vient de quitter son grand amour avec fracas. Après un long silence immobile, son regard pivote vers le barman et ses lèvres commencent à bouger de nouveau.
Il livre alors, sans fioritures, l'histoire de sa vie. Le gout de son malheur. La hauteur de sa désillusion. Mais, au fur et à mesure, l'ironie du sort fend ses lèvres d'un sourire. Sa peine est énorme, mais c'est celle de tous les hommes.
Et c'est sur un air de guitare enjoué qu'il se met a laisser défiler les images de son adieu à la femme de sa vie. Les personnes attablées interrompent leur conversation et se tournent, émues, devant ce grand brun désabusé et sa voix claire. Les passants s'arrêtent devant les portes battantes du bistro. Même les oiseaux cessent de chanter et s'approchent.
Avec quelle douceur il leur conta son histoire, entre folk et blues, nous n'en saurons rien. Mais nombre d'entre eux se souviennent encore des prénoms qui hantaient ces histoires, des sifflets de train et de ces amours perdus.
Amours auxquelles il répondait Hallelujah.aller plus loin
:: la chronique de gutsofdarkness